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Univers Nino

Univers Nino chez Nino Ferrer à la Taillade | © Paul Evrard

Il existe des compagnons de route qu’on invite dans son périmètre intime, sans jamais les rencontrer. Pour Denis Colin, c’est Nino Ferrer, qui a été dans son parcours cette présence éloignée mais persistante. Les deux hommes ne se sont jamais croisés, n’ont jamais échangé un mot ni une note. Mais c’est comme si, tapis au creux de l’âme de Denis, le chanteur avait en quelque sorte toujours été là…
C’est là, dans cette quête d’interactions et d’équilibres fragiles et intenses entre la mélodie, le verbe et le chant, qu’Univers Nino puise aussi toute son essence, tout son sens. Par une sorte d’écho qui traverserait à la fois le temps et les genres, il répond aux exigences et aux idéaux mêmes de l’auteur du Téléfon et de Oh Eh Hein Bon – lui qui, jazzman de formation et amateur de blues et de soul, s’extirpa de sa condition de vedette des yé-yé pour s’élever dans les années 70 au rang de compositeur à part entière, détaché des contraintes du show-biz et des formats de la chanson de masse. C’est à ce Nino Ferrer créateur-là, refusant la routine et la facilité, bouillonnant, casse-cou et finalement méconnu, que Denis Colin rend aussi hommage – un hommage tout sauf compassé, à la hauteur du personnage.

Denis Colin n’a pas seulement relevé le pari : il l’a pimenté en l’agrémentant de trouvailles aussi audacieuses que judicieuses. D’abord en confiant principalement les rênes de l’interprétation vocale à la chanteuse et claviériste Ornette qui transporte avec un naturel confondant la parole de Nino Ferrer vers des horizons expressifs totalement vierges. Ensuite en concevant des arrangements pour une formation aussi originale qu’inventive. Jouer de la clarinette basse, un instrument totalement absent du patrimoine enregistré légué par Nino Ferrer, représentait déjà en soi une forme de gageure.

Niveau répertoire, aux facéties rhythm’n’blues revisitées de Mirza et des Cornichons comme aux classiques instantanés que sont Le Sud, La Maison près de la fontaine ou The Garden, répondent ainsi, en un riche et profond contrepoint, des compositions tardives plus retorses, sombres et savantes, tels ces sommets de pop revêche que sont Metronomie, Le Blues des rues désertes, L’Arbre Noir ou La Désabusion. Tout un réseau de correspondances secrètes, composé de fils ténus, de failles et de fêlures, se tisse ainsi au cœur même du répertoire de Nino Ferrer.

Ce maillage subtil se prolonge sur scène aussi par des ombres et reflets à travers les œuvres picturales de Bruno Girard, délicates références graphiques à l’univers de Hugo Pratt – un proche de Nino Ferrer, qu’il croqua sous les traits mélancoliques d’un capitaine de l’armée blanche dans Corto Maltese en Sibérie.
Univers Nino dessine tout un monde mouvant et émouvant et réalise ce que toute aventure musicale digne de ce nom devrait être : il est à la fois un défi poétique individuel et collectif, un fructueux échange de fluides et d’énergies entre passé et présent, une ode croisée aux richesses inestimables de la mémoire comme aux forces imprévisibles de l’imagination.

version de la chanson Moby Dick par Univers Nino

 

Denis Colin | Réalisation, clarinette-basse, arrangement
Ornette | Chant, claviers
Antoine Berjeaut | Trompette, bugle
Julien Omé | Guitares
Théo Girard | Basses
François Merville | Batterie

Bruno Girard | Conseiller artistique
Gilles Olivesi | Sonorisation
Jean-Mo Dutriaux | Lumières

Univers Nino se décline aussi en version duo avec Denis Colin et Ornette.

version de la chanson La rue Madeira en duo Ornette et Denis Colin

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